« Nous avons remis l’UE sur les rails ». Ainsi s’exprime Fredrik Reinfeldt, premier ministre suédois, après avoir passé le flambeau de la présidence tournante à son homologue espagnol. A l’heure du bilan, la Suède estime avoir correctement assumé ses fonctions et relevé les grands défis du dernier semestre 2009, dont ceux liés au changement climatique. Copenhague est en effet l’un des décors d’un théâtre international mouvementé dans lequel le petit pays scandinave a du imposer ses volontés. Pari réussi ? Au mieux, la Suède ne semble avoir été qu’un bon élève de l’Union.
Et l’enjeu était de taille après la cavalcade impétueuse de la présidence Sarkozy qui ne voulait pas abandonner le navire et le marasme tchèque, remplacé à mi-mandat par un cabinet de secours. C’est avec eux que l’humble Reinfeldt a du travailler depuis mi-2008 pour mettre en place des politiques de long terme dans la continuité des trois présidences successives. Reinfeldt est à l’image de son pays, qui est conscient de son envergure politique et de ses capacités européennes : entrée en 1995 dans l’Union, la Suède a rompu il n’y a pas si longtemps avec la politique de neutralité qui primait depuis la Seconde Guerre Mondiale et qui lui avait permis de ne pas tremper officiellement dans les grands conflits européens ; la communauté internationale se souvient de son dédain vis-à-vis de la zone euro ou encore de l’OTAN. Non-alignement militaire et monétaire certes,ventre mou, sûrement pas : la Suède s’affiche aujourd’hui fièrement à la tête de la plus puissante des organisations régionales, assumant son passé d’eurosceptique. C’est en partie à cause de cet héritage que Reinfeldt souhaite assurer l’intérim avec pragmatisme et discrétion, comme il est de tradition dans la Scandinavie protestante au sein des élites politiques où l’ostentation est bannie. Issu du centre-droit et chef du Parti conservateur, Reinfeldt tranche avec ses prédécesseurs à la tête de l’Union de par son sens du consensus.
Et il le fallait bien, être consensuel, dans le contexte international mouvementé de la fin 2009. Entre la ratification du traité de Lisbonne, l’élection du président de l’UE et de son Haut Représentant, la réélection de Barroso ou encore la conférence de Copenhague, le sommet estival du G8 et même la grippe A pour laquelle Reinfeldt s’est vu contraint de prendre des mesures drastiques, ce sont tous les maux d’Égypte qui se sont abattus sur la présidence entre le 1er juillet et le 31 décembre. Reinfeldt lui, sous le slogan peu percutant « Assumer les défis », avait pourtant prévu de s’en tenir à des priorités toutes simples, comme la crise économique et le réchauffement climatique sur lesquels tout le monde s’entend pour grommeler. Ayant derrière lui tout un peuple tourné vers les législatives suédoises de septembre 2010 et vingt-six autres chefs d’États parmi lesquels quelques nerveux, il n’était pas judicieux de se montrer fantaisiste et de s’écarter des vieux dossiers. Et pour régler ceux-là, pas question d’être entravé par les rouages institutionnels européens.
Dommage pour le premier ministre, qui espérait un simple bureaucrate élu à la tête de l’UE pour une présidence neutre dans la continuité des valeurs suédoises, ainsi que la réélection immédiate d’un homme plein d’assurance comme Barroso pour ne pas déstabiliser l’Europe en période de ratification du Traité de Lisbonne. Si la volonté de Reinfeldt semble avoir été influente à ce jour sur ces deux postes essentiels, ses positions lui ont valu de nombreuses frictions avec la France qui s’opposait radicalement à lui sur ces deux points. Au niveau institutionnel, l’on peut tout de même saluer la gouvernance de la Suède dans sa gestion de la ratification du Traité de Lisbonne, qui comme chacun sait ne fut pas de tout repos.
Mais les difficultés ont aussi surgi au sujet des objectifs principaux que s’était fixés la Suède comme la réduction des très gros déficits publics, mesure là aussi huée par Sarkozy en pleine relance budgétaire. Reinfeldt aura tout de même réussi à créer un European Systemic Risk Board pour plus de surveillance des marchés financiers, à promouvoir la fin de la culture des bonus et une nouvelle stratégie de croissance pour 2020 avec un accent sur la compétitivité, le plein emploi, la recherche et le développement. Déclarations somme toute très classiques mais en accord avec l’opinion internationale : il ne s’agit pas d’être téméraire. Concernant le climat, la présidence est fière d’avoir engagé l’Europe à réduire ses émissions de gaz à effet de serre en 2050 de 80 a 90% par rapport à 1990 et à investir 100 milliards d’euros par an jusqu’en 2020 en faveur du climat. Elle déplore cependant un engagement insuffisant, surtout de la part des États-Unis et on la comprend : les vaillants objectifs n’ont jamais fait les politiques drastiques. Pourtant il est à noter que la Suède est reconnue pour son rôle de modèle en matière d’environnement et n’a pas attendu les autres pour voter l’instauration d’une taxe carbone. Là encore, la France met des bâtons dans les roues de la gouvernance scandinave, réticente au transfert de compétences fiscales à l’Union qui permettrait de coordonner cette taxe dans les États-membres.
L’Europe de même admire la Suède pour son mythique système de sécurité sociale et dans ce domaine, le pays a voulu marquer l’Union de son empreinte Providentielle avec des politiques résolues au niveau du marché de l’emploi et de la protection sociale des individus sur la base de la Stratégie de Lisbonne, en y ajoutant la touche scandinave de la parité des sexes. Si Reinfeldt projetait de teinter le drapeau européen des couleurs du Nord notamment autour d’un projet de dynamisation de la Baltique, il souhaitait également, en bon président peu stato-centré, renforcer la place de l’Europe dans le monde et ses relations avec le reste de la communauté internationale. Le développement du partenariat oriental et la mise en place d’un European External Action Service n’étaient certainement pas, cependant, les projets les plus difficiles à mettre sur pied ; la Turquie, objet de toutes les dissidences, exigeait de la Suède qu’elle prenne position pour de bon et surtout, encore et toujours, face à Nicolas Sarkozy. Reinfeldt tient bon et poursuit le processus, vaillant soldat de l’élargissement agitant le doigt sur la question chypriote, mais fermement décidé à poursuivre le processus d’élargissement, qui compte par ailleurs dans ses candidats l’Islande, l’Albanie et le Monténégro selon les choix suédois. Notons enfin l’initiative plus osée du Programme de Stockholm, pour penser un système commun d’asile voire d’immigration et améliorer toujours plus la coopération en matière de lutte contre le crime.
Reinfeldt, justicier de l’Europe ? A quarante-quatre ans, le premier ministre rend son tablier après six mois de tempête à bord du navire de l’Union. Si l’on peut déplorer que la Suède, en éternelle consensuelle, ait mené des politiques relativement timorées durant sa présidence, elle mérite une salve d’applaudissement pour être restée maître à bord.
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Une présidence de "ventre mou" certes mais loin tout de même des ratés manifestes qui ont eu lieu au cours de la présidence tchèque. Du reste, elle a tout de même jouer un rôle efficace dans les négociations. Elle a été finalement une présidence de transition qui était loin d’être évidente compte tenu du contexte économique.
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Alexia Samuel
Alexia SAMUEL vient de Charente Maritime et a intégré le master « Carrière européennes » de Sciences Po Bordeaux. Elle porte un intérêt particulier à l’éducation et la culture à l’échelon européen depuis (...)
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, Le 7 juillet 2010
Il est clair que l’action passe avant tout par une sensibilisation et une plus grande information du public car il existe malheureusement des personnes qui pensent qu’il existe un "vaccin" contre ce fléau qu’est le Sida. Si les pouvoirs publics ne prennent pas le problème à bras le corps des victimes continuerons à payer un lourd tribu. Sibylle Merci pour ce que vous faites.



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