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Roumanie, Bulgarie + Schengen = immigration illégale ?



L’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’espace Schengen ravive les peurs liées à l’immigration illégale.

Les deux derniers pays à avoir rejoint l’Union européenne en 2007, la Roumanie et la Bulgarie, doivent faire leur entrée très prochainement dans l’espace Schengen. Les Etats membres, avec en tête la France et l’Allemagne, semblent inquiets de cette adhésion prévue pour le mois de mars prochain, qu’ils jugent prématurée. C’est ainsi que leurs ministres de l’Intérieur respectifs ont cosigné une lettre dans laquelle ils demandent la mise en place d’un système de lutte contre la corruption et l’immigration illégale avant l’entrée d’un pays dans l’espace Schengen. Face à ces réactions pour le moins négatives, Bruxelles a rétorqué à la France et l’Allemagne que la Roumanie « remplissait les critères » d’intégration à l’espace Schengen, et que la décision devra être prise à l’unanimité par les Etats. Ce point d’actualité rappelle les malaises qu’il existe dans l’Union européenne face au problème de l’immigration illégale qui inquiète les Etats au fur et à mesure que l’UE s’étend et que de plus en plus de pays rejoignent l’espace Schengen.

L’espace Schengen repose sur les Accords de Schengen, qui autorisent la libre circulation des personnes et permet l’harmonisation du contrôle des voyageurs au sein des 22 pays de l’UE qui en sont aujourd’hui membres, sans compter les 3 Etats associés : l’Islande, la Norvège et la Suisse. Ces Accords font partie du droit communautaire depuis qu’ils ont été intégrés au Traité d’Amsterdam de 1999. Déjà énoncée dans le Traité de Rome, la libre circulation des personnes est un principe fondamental aujourd’hui dans l’Union européenne auquel les Etats sont attachés. Les élargissements importants qu’il y a eu entre 2004 et 2007, avec l’accession en tout de 12 nouveaux Etats membres semble cependant faire planer de nouveau la menace d’un afflux de migrants, peut-être illégaux. C’est pourquoi à l’annonce de l’entrée de la Roumanie dans l’espace Schengen le mois prochain certains pays se sont montrés réticents.

Comment expliquer ces craintes ?

Selon Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat aux Affaire européennes, « 75% de l’immigration illégale en Europe passe par cette partie sud-est de l’UE ». Les craintes sont donc d’abord de nature géographique puisqu’elles sont liées à la position en Europe de la Roumanie et de la Bulgarie. Afin de lutter contre l’immigration clandestine en provenance surtout de la Roumanie, un milliard d’euros a été affecté à la surveillance et à la sécurisation des frontières, notamment en offrant une meilleure formation à la police des frontières et en l’équipant avec les nouvelles technologies en la matière, comme des caméras de surveillance à thermovision. Dernièrement, les salaires des douaniers roumains ont baissé de près de 40%, ce qui a conduit la France et l’Allemagne à penser que ces derniers seront désormais plus enclins à accepter des dédommagements financiers et autres pots-de-vin en l’échange d’un droit de passage vers l’Europe de l’Ouest. Critiqué sur ce point, le président roumain Traian Basescu s’est défendu en rétorquant que la récente mise en place d’un système de délation rémunéré allait permettre d’arrêter plus aisément les contrebandiers et autres trafiquants, moyen de lutte efficace selon lui contre l’immigration illégale. Pour la France et l’Allemagne,

il faudrait que ces mécanismes de lutte contre la corruption et l’émigration illégale fassent leurs preuves avant d’envisager l’entrée du pays dans la communauté Schengen, sous peine que les problèmes de contrôle aux frontières n’empirent.

Un malaise qui ne concerne pas que la Roumanie

Les problèmes que soulève la question de l’immigration illégale et du contrôle des frontières concernent d’autres pays. Ainsi, les réticences exprimées envers la Roumanie concernent directement la Moldavie, dont des milliers de ressortissants sont chaque année naturalisés par le gouvernement roumain du fait de leurs liens historiques. Depuis 2009, la Roumanie naturalise près de 10 000 moldaves chaque mois, susceptibles alors de bénéficier des avantages de libre-circulation que permet l’espace Schengen. Pour la France et l’Allemagne, cela sera la source d’une immigration encore plus importante en provenance de l’Est. Néanmoins, si l’on regarde l’Histoire, cet alarmisme n’est peut-être pas justifié. En effet, ce genre de critiques avait déjà émergé lors de l’entrée de pays comme la Grèce ou le Portugal dans l’espace Schengen, or un revirement spectaculaire a eu lieu puisque des études ont montré que ces pays étaient devenus des terres d’immigration et non plus d’émigration…

Face aux réactions françaises et allemandes, il est désormais certain que l’unanimité requise pour permettre à la Roumanie et à la Bulgarie d’entrer dans l’espace Schengen ne sera pas obtenue : leur adhésion sera donc différée, mais jusqu’à quand ? Espérons seulement que cette obsession de l’immigration illégale ne conduise pas la France ou l’Allemagne à requérir la construction d’un mur, comme projettent de le faire les Grecs pour bloquer l’immigration turque.



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Auteurs

Sarah Velud
Sarah Velud a 21 ans et est actuellement en première année du master « Carrières européennes » à Sciences Po Bordeaux. Après 2 ans passés en Syrie, 8 ans en Egypte et un an de mobilité aux Etats-Unis dans (...)




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Oui c’est sûr que c’est un peu le bazar dans tous les pays en ce moment et ce n’est pas fini !

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